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10

Jui

2011

Le dîner était presque parfait Imprimer
Écrit par Laurence Bourgeon   

kochUn restaurant étoilé; des mets de choix et un cadre soigné; deux couples certes peu impatients de se retrouver mais maîtrisant les bonnes manières. Un décor idyllique pour un huis-clos qui l’est beaucoup moins. En l’espace d’une soirée, Herman Koch nous raconte par le menu les dérapages d’une famille a priori respectable. Et comment s’en sortir la conscience tranquille, ou pas….

 

 

Le rendez-vous a été fixé dans un grand restaurant, si ce n’est le meilleur de la ville, au moins le plus côté. Celui pour lequel il faut s’y prendre au moins trois mois à l’avance pour espérer pouvoir obtenir une table. Sauf si l’on s’appelle Serge Lohman et que l’on s’apprête à se présenter aux élections. A un tel stade, la cuisine haut de gamme semble plus appropriée que la cuisine familiale du bistrot d’en face. Et de famille, il va justement question. Non seulement parce que les hommes des deux couples en présence sont frères – jusqu’ici rien d’étonnant à ce qu’ils se retrouvent pour dîner à la veille d’un grand événement, encore faudrait-il qu’ils s’entendent au mieux. Mais aussi et surtout, parce qu’eux-mêmes ayant peu en commun, ce qu’ils ont de plus cher, à savoir leurs fils, partagent un lourd secret face auquel ils ne peuvent demeurer impassibles. Mais aucune étape ne sera brûlée en route vers la révélation, le propre d'un restaurant gastronomique étant de suivre le menu à la lettre... et dans l'ordre. Ainsi, Herman Koch, module-t-il brillamment les courbes des tensions narratives, maîtrisant avec un brio un rien machiavélique l'art du dévoilement progressif. De l'entrée au digestif, sur le lecteur comme sur ses personnages, il agit tel un maître-chanteur qui aurait posé une bombe à retardement dont il est le seul à savoir quand et à quelle distance elle va exploser.

Quand le dîner cinq étoiles vire à l’apocalypse version Festen…

Il n'est certes pas le premier à opter pour le huis clos à table - avec tout ce que cela implique de partage et de désinhibition progressive - comme lieu de fatale mise au point. Avec Festen par exemple, Thpmas Vinterberg avait poussé le dîner de famille à son paroxysme de glauque et de noirceur. Mais Herman Koch confère sa propre saveur à ce qui pourrait presque s'apparenter à un genre en tant que tel. Notamment dans la façon qu'il a de faire du lecteur un acteur à part entière du processus de divulgation de l'intrigue. Plus les personnages se toisent les uns les autres, se demandant lequel d'entre eux sait ce qu'il sait et si il sait que lui-même sait ce que nous savons, et plus  il devient impossible d’interrompre le lecture. L’embarras des personnages va ainsi de pair avec la position de voyeur dans laquelle le lecteur se retrouve. Le malaise se fait d'autant plus grand que l'on ne peut s'empêcher de s'interroger sur la position que l'on adopterait si l'on était soi-même confronté à une telle situation. Honnêteté morale de la dénonciation ou devoir familial (en l'occurrence parental) de protection des êtres proches et aimés. Jusqu'où peut-on tolérer l'horreur pour épargner les siens? Car sous couvert de roman à suspense - ce qu'il est sans nul doute - Le Dîner appelle aussi à s'interroger sur des notions aussi graves que la responsabilité, la tolérance, la transparence nécessaire dans une société du tout-dire où l'hypocrisie est loin d'avoir disparue.

Dans ce cadre où tout luit et scintille, ce sont les aspects peu reluisants des êtres humains qui se trouvent révélés tandis qu’est interrogée la pertinence, la capacité de résistance des principes et des idéaux quand ils se heurtent aux faits. De façon plus légère, Herman Koch en profite au passage pour égratigner la bien-pensance et la suffisance des classes moyennes, voire aisées, pour qui un grand restaurant est plus une scène où se montrer qu’un véritable rendez-vous de gastronomes. Il suffit d’entendre l’ironie poindre derrière la sophistication ampoulée de l’énoncé des menus….

Un dîner, dont on attend donc l’addition avec impatience mais que l’on se trouve, paradoxalement dans l’impossibilité de quitter avant le digestif tant il semble être saupoudré d’un mystérieux addictif. Pas sûr au final qu'un repas dans un tel restaurant soit si enviable – ce qui réjouira nos porte-monnaies. Une chose est sûre néanmoins : à défaut de décrypter les propositions culinaires avec attention, vous ne regarderez plus vos voisins de table de la même façon. Difficile de ne pas se demander ce que cache tel ou tel sourire crispé, cette messe basse, ce froissement nerveux…

 

Le Dîner

Herman Koch

Traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin

Éditions Belfond

33à p. – 18,50 €










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