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Ann�es de sable - L�invention du temps II
| | Ann�es de sable - L�invention du temps II Claude-Michel Cluny La Diff�rence
| Prix éditeur 20.00 euros
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Des ann�es inf�condes. De 1963 � 1967, Claude-Michel Cluny confesse sa propension � tout faire sauf �crire, une impression de n�ant qui efface le pass� comme de l�eau renvers�e sur le sable. Il faut �crire � tout prix. L�invention du temps a d�but� avec Le silence de Delphes (couvrant la p�riode 1948-1962), et l'entreprise continue � naturellement ? � avec Les Ann�es de sable, deuxi�me tome de ce journal litt�raire o� la lucidit� de Cluny donne tout son prix � la passion d�un homme, amoureux des arts.
De l�Ecole des journalistes, on retiendra la n�cessaire habitude de s�accompagner d�un carnet o� l�on note id�es et pens�es. Claude Michel semble l�avoir clairement compris. Mais est-il pour autant un simple journaliste ? Assur�ment pas. Pr�f�rons plut�t le terme de journalier. Cinq ann�es durant lesquelles le monde de l�art conna�t une s�rieuse �volution (une r�volution ?). 1963, Warhol et son Pop Art instaurent un genre nouveau dans l�art pictural. 1965, Godard et son fou de Pierrot font de la Nouvelle Vague une r�f�rence. Ann�es, �galement, qui voient s'installer le Nouveau Roman... Le r�gime gaulliste est en s�rieux ballottage et laisse pr�sager un difficile mois de Mai 68. Le classicisme se meure. Le monde changerait-il ?
Le temps retrouv�
Les ann�es soixante, c�est aussi la disparition injustement ignor�e de Jean Cocteau pour lequel Cluny vouait une admiration passionnelle. Le temps est � r�inventer. L�invention du temps, ce sont ces quelques r�flexions ou exp�riences soigneusement couch�es sur papier le soir. Un journal intime semblable � ceux tenus par les petits enfants ou comment une cour de r�cr�ation devient le milieu litt�raire parisien. Les camarades de jeux sont Montherlant, Jouhandeau et les autres. Un carnet qui r�unit donc ces gosses du paradis au bonheur de Marcel. Accompagn� de Jean Paulhan et de Marcel Arland, Cluny nous fait d�couvrir l�univers de la Nouvelle Revue Fran�aise durant les sixties. Il parle de tout, passe du cocktail au th��tre, du cin�ma aux voyages en prenant toujours le soin de d�crire le temps qu�il fait. Quand le temps passe, la pluie le rythme.
Outre la chronologie des tribulations journali�res dans le monde artistique, l�int�r�t de ce journal semble r�sider dans la passion et l�ambigu�t� qu'incorpore Cluny quand il d�voile son rapport � l��criture. Il h�site quant � sa vocation, s�interroge sur lui-m�me, tarde dans son entreprise litt�raire mais le plus agr�able, voire le plus excitant, dans l�absence de projet, c�est que le champ des possibilit�s est encore ouvert. Il faut �crire. Naissent alors des portraits dr�les et f�roces du milieu litt�raire, des aphorismes d�une �tonnante acuit�: � les r�solutions qu�on ne tient pas naturellement ont quelque chose de tr�s catholique � . Ecrire, �crire. Parfois m�me avec une grande s�v�rit� � le clou d�cevant du congr�s, la pr�sentation par Fellini de son dernier film Juliette des esprits �. Il a dix-huit ans lorsqu�il proclame que le v�ritable bonheur est d��crire. Donc Cluny parle des autres. Mais � force d��crire sur ou pour les autres, on n'�crit plus rien � soi. Il entreprend ainsi la r�alisation d�un roman, Un jeune homme de Venise [r��dit� ces jours-ci dans la collection Minos, Ed. La Diff�rence, ndlr] et le lecteur, pris en otage dans la relation entre l�auteur et la litt�rature, n�est pas sans rappeler la relation... ah c�est idiot, le nom ne revient pas. D�o� la n�cessit� d�utiliser un petit carnet de journaliste.
Charles Patin O�Coohoon
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